mardi 7 décembre 2010

2 hommes, 2 femmes

"La Malinche", femme maya qui fut offerte á Cortes et l'accompagna dans son avancée conquérante jusqu'á la capitale aztéque, aujourd'hui Mexico. traìtre pour les uns, simple interpréte pour les autres, elle eut de lui un fils. "Elle fut sa femme mais non son épouse" nous dit gravememt Alfredo, lui-mème d'ascendance maya.
Quel sens donnait-il á cette nuance ?

Le nom de Frida Khalo estr lui aussi associée á celle d'un homme, le célébre peintre muraliste Diego Rivera. Il me semble que son oeuvre á elle traversera le temps car elle est tout simplement unique !
Pas de musée Frida Khalo qui réunisse ses oeuvres majeures !
Dans la rue, elle est partout ! Sacs, foulards, livres, tee-shirts, cabas á provisions, noms de boutiques et de restaurants, cartes postales, bloc-notes et j'en oublie...En passe de devenir une icône ou rabassée au rang de vulgaire objet commercial ? Ambiguité de ces destinées célébres qui finissent aussi bien dans les livres et les panthéons que dans les "souvenirs" de pacotille !

Fleurs de pierre

La fleur á 4 pétales, une des représentations maya de l'univers.
Au nord, le ciel.
Au sud, l'inframonde ou domaine des morts.
L'est ou levant représente la splendeur du Soleil et  l'ouest ou couchant, la mort du Soleil.  
Au centre, la terre, le monde des hommes.

Des mots, des chiffres

A Campeche et autres villes du sud

Fini les "calles" (rues) Colon, Suarez, Santo Domingo ou San Francisco, Isabel la Catolica, Juarez, Garibaldi, Bolivar...A la maniére nord américaine, des chiffres ont remplacé les fantômes du passé ou la poésie mystérieuse de dénominations aux significations inconnues. "Avenue 10 nord", "rue 12 entre 53 et 54" (ah ! bon ? ), "sur la rue 8, en bas de la rue 59, "au bout de la rue 59, sur la rue 18" ???? Pitié ! On s'y perd ! Un rêve bureaucratique réalisé ? Non, un héritage de la Révolution selon le modéle "du passé faisons table rase". Renseignements pris, il serait question ici et lá, de restituer aux habitants leur histoire même avec ...histoires et aux hôtes de passage des promenades dans l'espace certes mais aussi dans le temps.

Calakmul, en vert et gris !

A Campeche

ce sont des "chicleros" (ouvriers qui recueillent la séve du chicozapote, laquelle sert á la fabrication de la gomme á mâcher, en espagnol "chicle") qui (re)dècouvrirent ce qui fut une des plus importantes cités Maya, á 40 km á peine du Guatémala.
Depuis Campeche, Calakmul se mérite ! 4 heures pour y aller et autant pour revenir ! sur place ce sont 3 heures, totalement magiques, de parcours au milieu d'une dense forêt tropicale qui fut classée réserve de la biosphére en 1989.
On y trouve encore des félins (jaguar, puma, ocelot...), des singes, des tatous et autres espéces rares mais aussi prés de 250 espéces d'oiseaux dont le toucan que nous avons pu admirer...Des bois précieux : acajou, arbre á latex, palo de tinte ....et puis des orchidées ! Une chance inestimable pour nous : ce site est encore peu visité ! Alfredo, un amoureux de la culture maya qui a fait des études d'anthropologie fut "celui qui montre le chemin" / Kankabi 'Ok en langue maya. Une belle rencontre !
La cité et ses monumentaux ensembles architecturaux émergent d'un océan de verdure. De longs parcours avec pour seuls bruits, le crissement de nos pas, le cri d'un singe ou le sifflement d'un oiseau. Au sommet des hautes pyramides aux escaliers escarpés, le vert de la forêt semble symboliser la vie et la permanence de la nature, le gris des pierres un défi á la mort et á la fragilité des oeuvres humaines. Saisis d'admiration et d'émotion, un peu essouflés, nous sommes heureux d'ètre lá, hors temps, tels les officiants d'une célébration universelle venue du fond des âges.

Migrations

le Mexique est une zone de passage obligé pour tous les migrants venus des autres pays d'Amérique latine, vers le "paradis" nord américain. De même pour la circulation des substances narcotiques. Une donnée souvent oubliée lorsqu'on évoque ces filiéres supra nationales et souterraines qui redoublent de violence lorsque le gouvernement mexicain veut rétablir l'état de droit sur le territoire national.

Le christ roi

D'églises en églises

il est frappant de constater que le catholicisme rompt avec les imaginaires fantastiques des autres religions pour offrir des représentaations d'un réalisme parfois tout aussi... terrifiant !

Nuestro Señor del rayo ! Notre Seigneur de la foudre !

On peut visiter le Mexique en allant de cités préhispaniques en villes coloniales selon un tracé paralléle dont les lignes ne viendraient jamais á se rejoindre. Les églises sont trés fréquentées par femmes et hommes aux traits indigénes marqués. Il serait toutefois imprudent de conclure á une conversion sans réserve au catholicisme de la part des peuples autochtones et leurs descendants directs ou métissés.

Partout Nuestra Señora de Guadalupe, vierge á la peau brune et sainte patronne du pays, fait l'objet d'une véritable vénération. Les anthropologues pointent un évident rapprochement avec la Terre-Mére des religions premiéres. Mais la multitude de Saints honorés pour leurs divers pouvoirs supposés finit par évoquer au plus naíf des visiteurs, le polythéisme des origines. Et quelle ne fut notre surprise de découvrir une chapelle, trés fréquentée, consacrée á...Notre seigneur de la foudre ! á noter que "rayo" peut aussi se traduire par "rayon de lumiére". Figure ambivalente d'un Christ qui dispense aussi bien amour et punition ? A noter également que la ceiba, arbre de vie des mayas, forme une croix. Certes, le christianisme a, comme partout ailleurs, incorporé les anciennes croyances mais ici ces derniéres palpitent encore sous le décorum du catholicisme !

Le dieu majeur des Mayas, Kinish Ahau, Dieu du Soleil, a un oeil qui regarde vers l'est et l'autre vers l'ouest. Ne pourrait-on y voir pour le Mexique d'aujoud'hui tout á la fois un pénible strabisme et une sublime conciliation des contraires ?

Desconocida

A Oaxaca, toujours sur la Plaza Mayor

La place s'anime en soirée : clients des restaurants et des bars, marchands ambulants, femmes indiennes vendant vêtements et artisanat traditionnels á même le sol, musiciens, mendiants, unijambistes, aveugles, familles, amoureux...Une véritable cour des miracles !
Au centre, lá oú s'élance le traditionnel kiosque á musique, des cordes sont tendues et des vêtememts se balancent tenus par des pinces á linges. On croirait que quelques effrontées sont venues faire ici sécher leur lessive.
Intrigués les passants s'approchent. Sur les modestes blouses, jupes, pantalons, robes, des prénoms féminins et des âges ! Et parfois..."Desconocida" ! Inconnue !
Sans banderoles ni haut-parleurs, un collectif d'ONG mexicaines dénonce disparitions et assassinats de 295 femmes dans la province en 6 ans. Il réclame la fin de l'impunité pour ceux qu'il qualifie de "feminicidas". Féminicide ! Un mot pour une réalité qui donne le frisson
Petit commentaire : au moment des commémorations de la Révolution, de nombreuses voix fémimines s'élévent dans la presse pour réclamer plus d'égalité entre hommes et femmes, aussi bien dans la vie privée que dans la sphére publique. La sécurité, pour elles et pour les leurs, est aussi une préoccupation fondamentale des femmes de ce pays.

A noter que si la chanson traditionnelle mexicaine fait rimer Amour avec Toujours y compris par delá la mort, Il semblerait que la violence conjugale est trés répandue et 7 foyers sur 10 sont monoparentaux avec á leur tête, une femme ! (Source : Journal "l'Universal" )

Une femme s'est mise á danser

A Oaxaca

Ce soir lá, sous les arcades de la Plaza Mayor, des musiciens jouent des airs trés rythmés (merengue, cumbias...). Une femme indienne, ridée mais sans qu'on sache deviner la part de l'âge ou celle du soleil, vêtements sombres qu'on devine sales et défraichis mais une écharpe qui illumine son visage, de lourds botillons aux pieds . Elle dégage l'odeur âcre de ceux qui n'ont pas oú se laver. Elle dépose dans un coin son ballot et les cartons qui doivent lui servir d'abri de nuit.
Moment onirique : seule, elle se met á danser ! Son corps bouge avec aisance, elle a le sens du rythme, elle suit la cadence avec grâce, indifférente á tout ce qui l'entoure. Sourires moqueurs, rictus de désapprobation, chuchotements, regards étonnés de la plupart...Les musiciens lui lancent des mots de complicité et d'encouragement. Ils doivent la connaître. Elle danse, danse, danse et sourit parfois. Son moment d'extase ? La musique s'arrête, elle se faufile entre les badauds, récupére baluchon et cartons et disparait dans la nuit.

La Misére peut donc se travestir en danseuse ? J'en suis restée bouleversée...